Açores

le jardin sauvage de l'Atlantique

Le coup d'oeil est saisissant : un paysage de collines, de bocages et de chaumières blanches que l'instantané d'une éclaircie rend tout à coup spectaculaire. Et l'océan là-bas, comme un vibrant désert d'acier. Nous sommes sur une corniche du Furnas, un volcan dont l'immense cratère forme aujourd'hui une vallée et son beau lac verdâtre. On s'est arrêté sur un miradouro coquettement végétalisé comme on sait le faire ici. Le vent frais et un chat maigrelet qui tourne autour de la poubelle du parking. Tout en bas on aperçoit d'étranges panaches de fumée qui s'élèvent au-dessus du village. Le 30 avril dernier, un tremblement de terre a secoué ce paisible bout de campagne. On imagine l'effroi des habitants qui gardent peut-être dans un coin de leur âme le souvenir du 2 septembre 1630 lorsqu'un séisme a brutalement réveillé la montagne : l'éruption volcanique fit près de deux cent morts sur l'île toute entière. Elle a été chroniquée par le Père Antonio Franco, témoin direct du cataclysme :

« Puis soudain il y eut une horrible explosion. Les moines sortirent aussitôt et virent exploser une montagne entre les deux lagunes sur lesquelles s'élevaient deux nuages de feu. (...) A Ponta da Garça où s'abattit la première force du feu, tout fut brûlé et plus de 80 personnes moururent. (...) Bientôt il y eût sur toute l'île une terrible pluie de cendres, couvrant la cité, les villages et les champs. Elle provoqua une grande obscurité de telle sorte qu'on n'arrivait pas à se voir les uns les autres et qu'il était nécessaire, pour reconnaître son chemin, d'utiliser des lanternes en plein jour (...). Le jour suivant il y eût tant de cendres tombées qu'il fallut nettoyer les toits des maisons pour éviter qu'ils ne s'écroulent. »

En ce début d'hiver 2013 au village de Furnas la vie pastorale suit gaillardement son cours : on bavarde sur le parvis de l'église, on fume devant le troquet, on examine discrètement le visiteur étranger qui passe. Un petit chien trottine en nous ignorant superbement. Ici un bijoutier propose des pendentifs en pierre volcanique, là on expose des tommes de l'alpage voisin. Dans la salle du restaurant Tony's un azulero illustre la cuisson traditionnelle du cozido, la spécialité locale : un pot au feu mijoté dans un puit naturel.

On peut voir et respirer ces caldeiras (chaudières) sur un site clôturé au nord du village : des trous bouillonnant d'eau et d'acide sulfureux jaillissent des tréfonds de la terre dans un grondement sourd. Partout la roche est blanchie par les émanations et dans le quartier plane une terrible odeur d'oeufs pourris. Ici et là des fumerolles s'échappe même des bouches d'évacuation de la chaussée ou de quelque interstice sur le bas-côté. Fascinant mais un peu inquiétant tout de même ce bouillonnement sous nos pieds et ces talus qui crachent de la fumée! Un homme vient tranquillement remplir son jerrican d'eau à 90º degrés qu'un tuyau déverse dans la rivière voisine : « pour le cozido, on le prépare de l'autre côté du village, ici c'est pour les photos ! ». Nous, on n'y goûtera pas chez Tony's... il faut commander le plat la veille.

De l'autre côté du patelin s'étend le grand parc botanique de Terra Nostra, un éden du XIXème siècle dominé par des centaines de géants : tulipiers de Virginie, cèdres du Liban, figuier d'Inde, cryptomerias du Japon, ginkgo, platanes, phoenix... quelle splendeur! C'est là que nous terminons la journée, bienheureux dans l'immense bassin caca d'oie du Terra Nostra Garden Hotel, 40º degrés, sous la sombre silhouette d'un formidable araucaria.

Ponta Delgada

On est arrivé aux Açores il y a quelques jours, avec le Serviço Açoriano de Transportes Aéreos, soit la compagnie aérienne SATA. Les liaisons maritimes qui reliaient cet archipel autonome portugais à Lisbonne n'existent malheureusement plus. Un Airbus A319 nous a donc déposé à Ponta Delgada, le chef-lieu de l'île São Miguel, avant de poursuivre vers Boston, où une importante communauté açorienne est implantée. Nous sommes à quelques 1400 kilomètres des côtes européennes et à 2000 kilomètres de Terre Neuve, au Canada. L'île est un peu plus petite que le canton de Neuchâtel, tout en longueur, autant dire que le souffle de l'océan y est bien palpable !

Ponta Delgada. pas tout à fait le débarquement au paradis : certes la cité peut se révéler charmante avec ses jolis quartiers du XIXème siècle, ses merveilleux parcs botaniques, son cimetière émouvant, ses édifices ravissants que chamarrent le noir du basalte et le blanc de la chaux. mais pourquoi Ô pourquoi tant de voitures dans un si petite ville ? Ce trafic incessant, ces demi-trottoirs encombrés, cet alignement saturé de ferraille dans toutes les ruelles. Et de se dire que la bagnole est décidemment devenue la gangrène des zones urbaines, même les plus modestes, même jusqu'ici au bout du monde.

Tout de même. du balcon de notre hôtel, loin de l'hystérie motorisée, on jubile doucement en sirotant un Terras de Lava et en contemplant ce ciel bleu cobalt qui n'en finit pas de charrier des processions de cumulus. Trois perroquets verts sont venus bruyamment saluer notre arrivée dans le bosquet de palmier là-bas. Quelques chats patrouillent sur les toits de tuiles limés par le vent. On est au milieu de l'Atlantique, sur un petit caillou, avec du feu sous nos pieds. Gageons qu'il ne jaillira pas dans la semaine qui s'annonce ! A moins que le cataclysme ne vienne du ciel ?

9h00 le lendemain dans le quartier du port. Au café Joaquim, renseignement pris, c'est Denis (prononcé « Déniche »), un brin pompette, qui m'accompagne pour trouver un adaptateur électrique oublié à Genève. Sa copine happée dans la rue m'assure qu'il faut aller « chez les Chinois » ! Oui, oui « ils » sont nombreux ici ; ils y tiennent des boutiques de babioles jetables. Deuxième choc culturel depuis hier ! Les investigations ne donneront rien, si ce n'est la découverte de la trajectoire de Denis, mon guide improvisé : officier dans l'aviation en 1982 et vigile dans une banque de Ponta Delgada ensuite. Il me présente fièrement sa carte d'agent de sécurité en me mimant le nombre de galons qu'il a collectionné durant son service militaire. Ce matin Déniche picole au bar Joaquim et moi je m'en vais déjeuner avec ma grasse-matineuse préférée.

La forteresse São Bras se dresse sur le port de Ponta Delgada. Elle a été érigée dès le XVIème siècle pour défendre l'archipel contre d'autres conquérants, Espagnols et Hollandais en tête. Un planton puis un guichetier en uniforme nous accueillent dans le musée militaire. Une salle rend hommage aux nombreux Açoriens enrôlés dans les guerres coloniales que le Portugal a mené en Afrique. Une affichette de propagande d'époque : « Nous luttons pour la fraternité, contre la haine » ou encore « maintenant le Portugal n'est plus un petit pays ».

Sur la place Vasco de Gama, la jolie façade de la poste açorienne. Dans une ruelle adjacente l'Adega Regional propose ses dorades grillées, ses feijoada et ses contre-filets de bife a açoreana qu'on arrose honorablement d'un Basalto sanguin et d'une liqueur de maracujá. Un peu plus loin face au port trône la statue de Gonçalo Velho Cabral, l'homme qui foula le premier un rivage des Açores en 1427. Sur une terrasse une autochtone harangue son voisin avec un prodigieux accent américain : « Oh God these politicians are half-monkeys ! ». Ils sont si nombreux ces Açoriens à avoir quitté leurs îles pour le Canada, les Bermudes ou les Etats-Unis, chassés par les menaces sismiques et par le chômage. Ils en ont aujourd'hui le teint plutôt pâle, fruit d'une mixité constante depuis les premiers navires partis pour le Nouveau Monde. Aujourd'hui 240'000 Açoriens vivent dans l'archipel pour un million à l'étranger.


L'épicier de la rue Vila Nova est un cas emblématique : il a quitté son île à vingt-deux ans pour emménager près de Boston. Il y a vécu treize années, s'y est marié et a eu deux enfants. Aujourd'hui son fils vit à Lisbonne avec peu d'espoir de venir s'installer sur l'île Verte, car pour un ingénieur civil « il n'y a pas de travail à São Miguel ». Il viendra tout de même voir son vieux père des Açores à Noël. Sa fille est quant à elle restée aux Etats-Unis. Un petit épicier ravi d'avoir son grand océan à portée de main, pour une brasse quotidienne juste là, en contrebas de la piste de l'aéroport.


Provisions de fromages au Posto de Venda Cooperativa Occidental où l'on ne propose que des délices venus de l'île de Flores (Fleurs), à l'autre bout de l'archipel. Elle fait partie, avec la petite Corvo, du « groupe occidental » des Açores, à 600km d'ici. Le groupe central est constitué de cinq îles dont Pico et son volcan qui culmine à 2531m. La notre est du groupe oriental, avec Santa Maria, la première terre découverte par Cabral et ses corsaires en 1427. Durant les vingt-cinq années suivantes les navigateurs portugais exploreront (puis exploiteront) un archipel vierge de toute trace humaine. Un havre sauvage tapissé de forêts de lauriers et de bruyères au beau milieu de l'Atlantique ; à peine quelques rapaces qui planent au-dessus des falaises, des busards, « açor » en portugais.

Vers la côte nord

28 novembre 2013 - Nous avons loué ce matin une Renault Clio au garage Ilha Verde, accessoire nécessaire qui nous permettra d'explorer lentement ces contrées. La première route adoptée est déserte. Merveilleusement sertie d'hortensias bleues et de fougères, elle nous hisse sur les crêtes du volcan des Sete Cidades. Là-haut, sur le mirador Vista do Rei (Vue du Roi - c'était Charles 1er en 1901), le brouillard et la pluie nous rattrapent très vite, nous privant d'un panorama trop fantasmé.


Le brouillard, c'est également lui qui a condamné à mort le Monte Palace, un énorme hôtel ouvert en 1984 et fermé deux ans plus tard. Ne reste aujourd'hui qu'une extraordinaire carcasse de béton bouffée par les ronces et les broussailles, son hall d'entrée immense, ses terrasses panoramiques, ses cuisines obscures et détrempées.

Quelques voyageurs se sont aussi arrêtés sur le promontoire tandis que nous plongeons vers le cratère et ses lacs. Le volcan assagi depuis assez longtemps pour la mémoire humaine, on y a bâti un village, un patelin improbable, rincé par la pluie qui n'en finit pas de s'épancher en trombes. Il faut partir, et tant pis pour la photogénie des Sete Cidades qui n'ont pas envie de se livrer aujourd'hui.


Nous voilà bientôt immergés dans un brouillard compact sur une route agricole bousseuse, pour réapparaître bientôt sur un belvédère au-dessus du lourd grondement de l'océan. Le bourg de Ribeira Grande (Grande Rivière) est lui aussi encombré de voitures. En passant devant le bar O Canadiano (le Canadien), on parvient à l'église Matriz dans laquelle chantonne un maigre cercle de fidèles. Au bas du vaste escalier s'élève la statue de Gaspar Fructuoso, le premier historien des Açores. Rédigés dès 1565, ses Saudades da Terra restent un précieux témoignage sur l'archipel à son aube :

« Lorsqu'ils arrivèrent dans ces îles, les nouveaux explorateurs atteignirent une terre qu'on appelle aujourd'hui Povoação Velha [le Vieux Village]. Comme on le racontera plus tard, ils débarquèrent entre deux rivières d'eaux douces, limpides et froides, au milieu de rochers et de montagnes toutes recouvertes de hautes et denses forêts de cèdres, de lauriers, de cerisiers, de hêtres et de bien d'autres arbres. Joyeux, ils ont alors annoncé la bonne nouvelle à tous dans une grande célébration, grâce à Dieu. (.) Ces hautes collines, ces basses vallées boisées, toute cette verdure qui recouvrait ces terres leur donnèrent de grands espoirs de fertilité et de bien-être futur, et ils décidèrent d'en faire leurs colonies. »

Nuit dans un bel appartement du village de Rabo do Peixe (Queue de poisson), au milieu des bananiers, dans le frémissement des eucalyptus et les vociférations d'un coq insomniaque. Au matin, grand soleil, fromage de brebis frais et purée de coing. Sur notre carte une petite route jaune file tout droit vers des espaces semble-t-il inhabités : allons-y ! Pavée, elle se tortille d'abord au milieu de ces vaches noires et blanches omniprésentes sur l'île, les tétines gonflées de lait. Bientôt la route se fait plus farouche et nous révèle doucement sa belle palette de verts, pomme, pistache, pin ou sauge, entre vieux marronniers et feuillages pimpants. De magnifiques verts que l'on retrouvera régulièrement sur les façades des habitations. On atteint bientôt un parking en cul-de-sac baigné d'une vapeur âcre ; les salles de bains privées de ces sources sulfureuses sont en travaux : « l'eau a crevé le plancher » nous indique le jeune gardien des lieux. Nous poursuivons toujours plus haut, sous le ciel bleu, à travers des prés d'où s'échappe ici et là d'étranges fumerolles. Un panneau de la Protection Civile annonce une zone de dégazage: « interdiction de s'attarder dans le secteur » ou encore « interdiction de se reposer sur le sol ».

Au pied du pico da Oliveira, seuls dans une nature sauvage, nous bifurquons sur une pente vertigineuse qui dégringole dans la vallée de la Ribeira Grande. Même l'asphalte est ici tapissé de mousse. Les bergeronnettes des ruisseaux ondulent joyeusement, les pinsons papillonnent de tous côtés. Un lapin sauvage bondit dans le fourré, son petit cul blanc. Au fond du vallon, les termes désaffectés de Lombadas et notre jeune rivière, toute ferrugineuse avec ses galets couleur curry.


Un petit pointillé sur la carte nous révèle un sentier qui file dans la forêt. C'est une épaisse jungle de cryptomerias, de mousses colorées et de fougères, magnifique, humide, rayonnante et odorante. La pente est escarpée, les ravins menaçants. Il faut enjamber un ruisseau et de nombreux arbres tombés. Bientôt, gratifiés par notre vague intuition, orientés par les éclats de rire des goélands, une trouée nous dévoile un superbe aperçu sur le volcan Fogo et son « Lac de Feu ».


Les forêts du Nordeste

Cap vers l'est, jusqu'au joliment nommé Nordeste. Un village des extrémités qui cultive sa différence sur un dépliant touristique local : Aqui a ilha é outra (ici l'île change).

Le village s'est implanté sur un promontoire face aux vents du Gulf Stream. Une tribu d'étourneaux babille sur un fil électrique. Dans la cour d'une maison, les grognements d'un cochon. Une camionnette de laitier termine sa tournée. Au petit supermarché de la rue principale, les chinoiseries qu'on mettra sur le sapin dans quelques jours côtoient les fruits et légumes locaux : patates douces, carottes, bananes, figues, tomates et surtout ces sublimes petits ananas juteux et acidulés. La viande aussi est toujours locale. Sur São Miguel la statistique est claire : un bovin pour un humain ! Des produits naturels, une économie à petite échelle, des exploitations familiales ; bref une situation pas facile à l'ère du profit irresponsable et de la croissance illimitée. Gageons tout de même que les Açoriens sauront résister à la tentation du quantitatif et de l'incohérence globalisée.


La région a été gravement déboisée par les colons dès leur installation sur ce bout de terre en 1432. Déboisée au point que même les cageots servant à exporter les oranges durent bientôt être acheminés par bateau de Lisbonne ! Une dévastation qu'on peut encore aisément remarquer aujourd'hui. Heureusement quelques flancs de montagnes ont été épargnés (probablement grâce à leur difficulté d'accès). On y retrouve les résidus de la forêt primitive, ces étranges mousses jaunâtres, ces lauriers et ces essences qui recouvraient tout avant l'arrivée de l'homme. Un dépliant local évoque cette laurissilva, « la forêt fossile » spécifique aux archipels de Macaronésie. Un petit passereau endémique a également réussi à subsister malgré l'acharnement des humains à vouloir l'exterminer : le joli bouvreuil des Açores (Pyrrhula murina) que je crois avoir eu dans mes jumelles durant quelques instants.

La terre de la piste qui sillonne le massif de la Serra de Tronqueira est rouge brique, flamboyante, couronnée d'un écrin de feuillages et de frondaisons. Des nappes de brume flottent dans cette jungle sub-tropicale lumineuse, lui prêtant parfois des airs fantomatiques. Au point culminant, à quelques 700 mètres d'altitude, tout est noyé dans un brouillard compact, détrempé par un crachin incessant, déserté par les oiseaux. L'imprévisible est constant, l'aventure exaltante et la prudence de mise.


Nordeste semble désert ce soir, sauf peut-être au bar Esplanada où, comme dans tous les bars, on refait le monde en regardant un match de foot. Nous avons réussi à louer une chambre pour deux nuits à l'Hospedaria São Jorge ; sur la porte était griffonné le numéro de téléphone de la discrète propriétaire. A son image, les gens d'ici ne sont pas très polyglottes. Et leur accent est si fort que ce langage ne sonne plus du tout comme du portugais. Ils sont de surcroît plutôt réservés, parfois embarrassés, caractère peut-être propre aux insulaires pour qui le poids rassurant de la communauté n'a d'égal que la méfiance envers l'étranger. D'autant qu'en ce 1er décembre, nous sommes clairement les seuls intrus dans ce bled isolé. Fin de soirée dans la trop vaste salle du Tronqueira Restaurant, entre un filet d'albacore trop cuit et une bouteille de Curral Atlantis !



Il est d'ailleurs temps de repartir. D'autant qu'il tombe des cordes ce matin lorsque je plonge vers le port de pêche de Nordeste niché au fond d'une falaise. Notre libraire açorien de Lisbonne avait tort, lui qui nous avait affirmé « Ne croyez pas la météo, il ne pleut pas souvent là-bas ! » N'empêche, dans le quotidien Açoriano Oriental du jour, on annonce que l'archipel se prépare à une alerte cyclonique et que la Protection Civile est « en alerte orange ». Et ça va durer. Qui a parlé d'anticyclone des Açores ?


Dernière boucle côtière vers l'ouest

C'est donc sous une pluie cinglante que nous avons repris la route vers l'ouest. Une boucle jusqu'aux confins occidentaux de l'île, la Bretanha (Bretagne) au fil des villages de pêcheurs-vachers. Une escale et quelques haltes improvisées à la clé : la fabrique de thé de Porto Formoso, ses vénérables engins importées d'Inde et ses plantations verdoyantes qui surplombent l'océan. Le musée d'ethnographie de Capelas et ses admirables miniatures façonnées en moelle de figuier ou en écaille de poissons, et sa pimpante guide francophone. Près d'Algarvia le mirador Vigia das Baleias domine les flots, poste d'affût à l'époque de la chasse à la baleine, une activité alors très lucrative abandonnée à contrecour en 1987. On venait parait-il chercher les Açoriens de très loin pour traquer le cachalot ; d'un bout à l'autre de l'Atlantique ils étaient réputés d'un très grand courage. Reste aujourd'hui ces caps désolés, Ponta da Achada, Ponta da Ajuda, Ponta da Maia, Ponta do Cintrao, Ponta do Erno. Et des baleines enfin tranquilles.


Près de Ginetes, sur une route qui ruisselle de toutes parts, les vachers en ciré vert peinent à canaliser leurs bêtes. Nous bifurquons vers le rivage. Un phare. Des prés. Une crique de basalte et des « bains thermaux » fermés. Pour notre dernier jour à São Miguel, ma belle copilote est moi sommes décidés, coûte que coûte, de piquer une tête ici même où des sources sous-marines chaufferaient paraît-il l'océan à 28º degrés. « .Mais seulement à marée basse ! » nous lance un gardien pressé qui apparaît soudain sous la pluie.

Et elle est effectivement bien trop haute la marée à cette heure-là, la houle bien trop puissante, la baignade bien trop dangereuse. A peine une rapide trempette et c'est dans ces bourrasques de décembre, ruisselants, ridicules dans nos maillots de bain mais heureux, que nous clôturons notre séjour aux Açores : la roche noire, le vent, la pluie. il ne manquait aujourd'hui à ces trois éléments que le feu dans l'océan !


Eu vos direi da ilha que na dorna
do Arcanjo é eterna em chão escasso.
Fulva de gado ao dia. À noite, morna.
Embebida no verde. E o mar colaço.


Natália Correia, A Ilha do Arcanjo



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